L’individualisation et la mondialisation insécurisent

 

 L’individualisation et la mondialisation insécurisent

L’enquête annuelle réalisée par l’institut Kantar pour le quotidien « La Croix » pointe une dégradation accrue des relations entre le public et les supports d’information. La défiance à l’égard des médias s’accroît. Quelles peuvent en être les causes ?

Il me semble que l’individualisation accrue dans la mondialisation, et particulièrement celle des médias et de la communication, rendent le positionnement des individus plus incertain. Et l’information qu’ils reçoivent ne s’appuyant plus sur des appartenances solides, car elles sont elles aussi déstructurées par la mondialisation et les migrations qui s’en suivent, ne leur permet plus ou plus difficilement de se situer dans le monde contemporain. On a moins de certitudes qu’avant, même si ces certitudes pouvaient être fausses elles nous assuraient de notre identité, l’identité relevant et étant notre rapport aux autres. Même fallacieuses, les informations d’autrefois nous situaient mieux, même si ces positionnement et identité étaient erronés.

À mon avis, c’est l’angoisse de l’incertitude qui provoque le défiance. La confiance de la certitude est tellement plus confortable que l’angoisse de l’incertitude, qu’on en veut à nos informateurs qui nous permettent plus de croire. Car cette défiance à l’égard des médias s’accompagne d’un accroissement de la croyance ou foi, qui, justement, apportent des certitudes rassurantes.

Je le constate depuis assez longtemps, alors que la foi régressait continument, on en voit une recrudescence, et ces croyants anciens ou nouveaux n’admettent pas la critique, ni même la vérification objective des faits, car cette critique et cette vérification les empêcheraient de croire et donc d’être « sûrs », rassurés donc. Ils ne supportent pas le doute, ni l’interrogation. C’est pourquoi la science, la recherche scientifique n’apportent pas, elles non plus, de certitudes rassurantes, car elles reposent sur la critique et le doute, l’interrogation et la vérification.

La foi ou la croyance reposent sur le besoin d’être rassuré, et pour cela sur le besoin de donner un sens à la vie et au monde. Les remettre en question, les interroger et ré-interroger sans cesse, certes pour approfondir notre connaissance objective, dans un monde qui change vite où l’on perd ses positions, où l’on imagine mal l’avenir, accroît l’incertitude et l’angoisse inhérentes. On est angoissé parce qu’on ne sait pas qui on est, et on « est » dans notre rapport aux autres, au monde. Si on n’arrive pas à s’y situer, ce monde est une menace.

C’est pourquoi je ne pense pas que la défiance à l’égard des médias soit due aux médias eux-mêmes. Mais leur travail d’information doit contribuer à l’explicitation du monde. Peut-être qu’il leur manque un travail de synthèse : l’analyse de chaque fait dans chaque domaine ne peuvent constituer des connaissances qui rassurent que dans la mesure où elles synthétisées pour en exprimer le sens général qui nous permet de nous projeter dans le monde, et vers l’avenir, car si le présent est angoissant c’est parce qu’il ne laisse pas entrevoir cet avenir.

Materia Obscura Christopher Warren
Materia Obscura
Christopher Warren

Jean-Pierre Bernajuzan

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