Le monde est un train, ou un film…

Le monde est un train, ou un film…

Spontanément, on a une vision statique du monde. On sait bien qu’il a une histoire, qu’il ne s’est donc pas construit en un jour, qu’il a donc évolué en permanence, mais, tout de même, on en garde une vision statique, image après image, comme si on s’arrêtait à chaque photographie du film au lieu de voir le mouvement continu de ces photographies qui racontent l’histoire ; l’histoire qui est un mouvement. J’ai pris l’image du train car le train est un moyen de locomotion entre des « lieux » statiques, villes ou territoires, et ce sont ces lieux statiques qui nous représentent le monde, et non le train qui les relient.

Je ne dis pas pour autant que le train (ou le film) est le monde. Pour comprendre le monde, et nous comprendre nous-mêmes dans ce monde, il faut arriver à le voir dans son mouvement. Car le mouvement est à la base de la vie, de toute vie. Tout arrêt de ce mouvement nous exclut et ne nous permet plus d’y participer. C’est l’échange qui maintient tout organisme vivant, dès que cet échange cesse, l’organisme meurt. Et l’échange se réalise par la relation, qui nécessite elle-même le mouvement. Ainsi, la réalité du monde, de notre société, et de notre être même, s’exprime dans le mouvement de nos échanges. Et non dans le statisme des lieux, des moments ou des personnes, qui ne sont que des « arrêts sur images », figés, c’est à dire non-vivants, non-réels.

Or, nous concevons notre sécurité d’une façon statique, attachée à un lieu, un emploi, une famille, un pays, un territoire, un salaire, une prestation… Spontanément, nous ne percevons pas que ces « sécurités » statiques ne sont des sécurités que tant qu’elles sont mises en mouvement pour qu’elles soient animées, approvisionnées. Comme si on se fixait sur le tuyau et non sur l’alimentation continue qu’il conduit. La vie et la sécurité de la vie dépendent de la relation permanente des échanges. Elles sont plus proches de l’eau ou de l’électricité que du château fort.

L’avènement de la mondialisation et de la globalisation de l’économie nous déstabilise dans nos sécurités statiques, et notre réaction est d’accroître ces sécurités statiques : c’est une attitude suicidaire. Plus nous nous enfermons dans des lieux, emplois, prestations et plus nous nous faisons larguer, plus il sera difficile de renouer et de nous réinsérer. Dans la situation mondialisée que nous vivons il nous faut développer nos capacités de mobilité pour nous adapter et nous insérer dans ce monde plus mobile encore qu’auparavant. En accroissant notre mobilité, il faut la sécuriser pour que nous y trouvions la sécurité adaptée à ce monde…
Mais les institutions existantes ne sont pas formatées pour le faire. Nous n’avons pas les moyens structurels et institutionnels pour y vivre sereinement : voilà le programme politique indispensable à notre avenir serein… On en est loin !

Jean-Pierre Bernajuzan

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