L’amour-passion, la jalousie et la xénophobie ont la même motivation…

 

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Nous avons un défaut de jugement spontané : on juge d’emblée les choses en bien ou en mal. Et on en oublie leur logique déterminante. Si l’on juge l’amour-passion positivement, même si on l’estime déraisonnable (mais l’amour doit-il être raisonnable ?), on méconnaît sa nécessité impérieuse. La jalousie, qui peut être l’extension de cet amour-passion, nous apparaît négative mais compréhensible car nous y sommes tous plus ou moins partie-prenante. De même, si on juge la xénophobie négativement (aujourd’hui), on méconnaît tout autant son impérieuse nécessité, même si elle est objectivement néfaste. J’ai choisi ces deux termes, amour-passion et jalousie, puis xénophobie, en raison de leur opposition, d’amour et de haine. Mais on pourrait en trouver bien d’autres.

La xénophobie, d’abord, est une réaction, une attitude, qui a pour fonction la défense du groupe auquel on appartient. C’est une fonction très ancienne, pré-humaine, animale. Le groupe, la horde, le clan sont des entités grégaires qui assurent la vie et la survie de leurs membres. C’est une fonction d’abord animale, mais qui perdure dans la vie humaine. Les réactions xénophobes sont donc naturelles, elles ont la fonction de défense du groupe auquel on appartient. Mais plus les sociétés s’individualisent et plus ces réactions deviennent contreproductives, c’est pourquoi on les apprécie de manière de plus en plus négativement : la xénophobie ne défend plus le groupe parce qu’il est fondu dans l’ensemble de la société ; au contraire, elle détruit la cohésion sociale. Mais il faut bien voir qu’il s’agit d’époques différentes, à des stades d’évolution sociale différents.

Spontanément, on voit l’amour-passion comme une attirance irrépressible et l’union entre deux individus. Mais derrière cette attirance extrême, il y a pour chacun d’eux une nécessité de l’autre, une nécessité exclusive de l’autre. C’est une façon de résoudre la question de la solitude individuelle, et l’amour-passion la résout, mais dans la fusion. La fusion amoureuse a l’inconvénient d’attenter à l’autonomie de chacun des individus, autonomie indispensable à leur relation. Il s’en suit souvent une jalousie, un sentiment de jalousie qui exprime la défense de leur union ; mais elle la compromet par la fusion qui empêche l’autonomie de chacun nécessaire à leur relation.

Ainsi, l’amour-passion, la jalousie, la xénophobie sont attitudes logiques qui remplissent des fonctions nécessaires à la vie humaine, mais qui, intervenant à contre-temps, la rendent plus difficile ou impossible.
Dès avant sa naissance, l’humain n’existe que dans sa relation aux autres. L’autre, les autres, lui sont indispensables pour être, pour être lui-même. Et la rencontre individuelle de chacun avec sa nécessité logique, peut être contradictoire à la logique grégaire d’appartenance dont chaque individu tire aussi une certaine sécurité. Ce dilemme et cette difficulté ressortissent à chaque époque pour chaque individu…

Jean-Pierre Bernajuzan

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